Singapour privilégie les réserves au rendement des stablecoins
Singapour franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de son régime réglementaire pour les stablecoins. Le 1er septembre, la Monetary Authority of Singapore (MAS) a ouvert une consultation sur des modifications de la Payment Services Act portant notamment sur les réserves, le remboursement des tokens, la protection des utilisateurs et la reconnaissance éventuelle de certains stablecoins étrangers.
Deux propositions résument particulièrement bien l’approche : les émetteurs réglementés devraient maintenir des réserves représentant au minimum 100 % des tokens en circulation, tout en étant interdits de verser des intérêts ou avantages simplement en contrepartie de la détention du stablecoin.
La logique consiste à distinguer clairement la stabilité d’un instrument de paiement et le rendement d’un produit d’investissement.
Pour évaluer un stablecoin, la question principale reste donc sa capacité à être remboursé au pair et à conserver sa liquidité. Le rendement obtenu en utilisant ensuite ce token relève d’une autre couche de risque.
Ce qui s’est passé
La consultation vise à donner une base législative au cadre Single-Currency Stablecoin de la MAS.
Les propositions définissent les conditions de stabilité, de capital, de remboursement au pair et de transparence permettant à un émetteur d’obtenir un statut réglementé.
Seuls les émetteurs agréés pourront qualifier leurs tokens de MAS-regulated stablecoins. Les autres stablecoins resteront traités comme des Digital Payment Tokens dans le régime singapourien.
Le projet impose notamment des réserves représentant au moins 100 % des tokens en circulation. Selon CoinDesk, elles devraient être séparées des fonds propres de l’émetteur et conservées auprès d’institutions financières agréées.
La MAS souhaite parallèlement interdire le paiement d’intérêts ou d’autres avantages liés à la simple détention du stablecoin.
Le régulateur considère qu’un stablecoin peut constituer un instrument crédible de paiement et de règlement, mais qu’il ne doit pas être présenté au public comme un substitut à un dépôt rémunéré.
Le projet comporte également une dimension transfrontalière. Singapour envisage de reconnaître un nombre limité de stablecoins étrangers soumis à des cadres réglementaires jugés comparables, ainsi que certaines structures d’émission conjointes entre Singapour et une autre juridiction.
Des stress tests ainsi que des plans de redressement et de cessation ordonnée sont également proposés. La consultation se clôture le 16 octobre. Aucune date définitive d’entrée en vigueur n’a encore été annoncée.
100 % de réserves ne signifie pas absence de depeg
Un stablecoin entièrement couvert peut tout de même s’éloigner temporairement de sa valeur de référence.
La raison est simple : la couverture des réserves et le prix de marché mesurent deux phénomènes différents.
La première indique si l’émetteur détient suffisamment d’actifs pour couvrir les tokens émis.
Le second indique le prix auquel les participants peuvent réellement échanger ces tokens à un instant donné.
En temps normal, l’arbitrage et les rachats rapprochent les deux. En période de stress, cette relation peut se détériorer.
Même un stablecoin intégralement couvert peut afficher une décote temporaire si les rachats sont ralentis, les canaux bancaires indisponibles, les retraits suspendus ou les market makers moins présents.
Voilà pourquoi la proposition singapourienne ne se limite pas au ratio de 100 %. La ségrégation des réserves, leur conservation, les droits au remboursement et les procédures de redressement déterminent si la couverture théorique peut réellement produire une convertibilité fiable.
Le depeg reste donc un indicateur pertinent même pour un stablecoin réglementé.
L’interdiction du rendement déplace le risque
L’approche de la MAS ne signifie pas qu’il devient impossible de générer un rendement à partir d’un stablecoin.
Elle précise plutôt qui assume le risque lorsque ce rendement apparaît.
Un utilisateur peut toujours fournir son stablecoin à un protocole de lending ou à une liquidity pool. Mais le rendement provient alors d’une nouvelle infrastructure comportant ses propres risques : smart contracts, emprunteurs, liquidations, contreparties et profondeur de marché.
Si Stablecoin A ne verse aucun intérêt et qu’un protocole DeFi offre 6 %, ces 6 % ne représentent pas un rendement sans risque provenant des réserves de Stablecoin A.
La bonne question devient donc : qui rémunère réellement le détenteur et quel risque supplémentaire finance cette rémunération ?
CoinDesk souligne que cette distinction correspond à une tendance plus large observée dans plusieurs grands cadres réglementaires internationaux.
La reconnaissance des stablecoins étrangers peut peser davantage
À terme, la disposition la plus importante pour la structure du marché pourrait être celle concernant les stablecoins étrangers.
Les principaux tokens de cette catégorie sont mondiaux, tandis que Singapour constitue un centre majeur de finance et de paiements.
La reconnaissance de certains actifs supervisés par des régimes jugés comparables pourrait faciliter leur utilisation dans les règlements transfrontaliers et les marchés tokenisés.
La MAS associe explicitement cette proposition aux usages wholesale internationaux.
Mais une reconnaissance réglementaire ne garantit pas la liquidité.
Il faudra observer quels actifs les institutions, exchanges et market makers choisissent effectivement d’utiliser et si les volumes se concentrent autour des stablecoins reconnus.
Ce que le marché doit réellement mesurer
Il serait prématuré d’attribuer un mouvement immédiat des grands stablecoins à cette consultation. Les propositions peuvent encore évoluer et leur date d’application reste inconnue.
Les signaux importants apparaîtront lorsque des produits réglementés commenceront à fonctionner à plus grande échelle.
La qualité d’un stablecoin se mesure particulièrement lorsque la demande de remboursement augmente.
Maintenir une cotation proche du pair dans un marché calme est utile. Maintenir des rachats fonctionnels et des spreads étroits pendant une période de stress fournit une information beaucoup plus forte.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
- Écart au peg : privilégier les décotes ou primes persistantes plutôt qu’un mouvement isolé.
- Qualité du remboursement : rapidité et accessibilité seront aussi importantes que le ratio de réserves.
- Spreads inter-exchanges : leur élargissement peut révéler une fragmentation de la liquidité ou des difficultés de transfert.
- Reconnaissance étrangère : surveiller quelles juridictions et quels tokens seront finalement acceptés.
- Informations sur les réserves : composition, conservation et stress tests permettront d’évaluer la résilience opérationnelle de l’émetteur.
Pour MyCoinWay, le suivi des depegs et des spreads entre exchanges est directement pertinent : la réglementation définit le cadre théorique, tandis que les données de marché montrent si ce cadre tient lorsque la liquidité est réellement sollicitée.
Avertissement
Cet article est fourni uniquement à des fins d’information et d’analyse. Il ne constitue ni un conseil financier, juridique ou fiscal, ni une recommandation d’achat, de vente ou de détention d’un stablecoin, ni une promesse de rendement. Les propositions de la MAS sont encore en consultation et peuvent être modifiées. Les stablecoins comportent des risques liés à l’émetteur, aux réserves, à la liquidité, à la conservation, à la réglementation et aux blockchains.
Sources
MAS — consultation et déclaration du régulateur — Couverture TNGlobal de l’annonce de la MAS
CoinDesk — réserves, interdiction du yield et actifs étrangers — Article CoinDesk
The Straits Times — couverture indépendante singapourienne — Article The Straits Times
The Business Times — détails du cadre proposé — Article The Business Times